mardi 8 septembre 2009

Lettre I, Hilel Bas'Sem à Shadila Bas'Sem

Ma chère cousine,

J'ai le regret de vous annoncer que Vastania n'est en rien ce qu'on nous en a fait miroiter. Ce n'est qu'une forêt lumineuse et néanmoins humide, peuplée de créatures plus grotesques les unes que les autres et où j'enrage de devoir passer l'hiver. Vous me devrez un an de ma vie, avec vos idées extravagantes!

Il existe en effet une communauté Sin'Neear en Vastania, sur ce point au moins nous n'avons pas été trompés. La qualifier de clan insulterait jusqu'à la plus petite famille du premier palier. Il s'agit plutôt d'un amalgame, d'une juxtaposition d'individus aux intérêts inconciliables. Oh, on croise du beau linge et j'ai fait la causette avec des gens qui répondent à des prénoms comme Nethiel ou Yruk. (Oui, oui, ceux-là même! C'est incroyable comme on peut parler ici avec des gens qui ne nous accordaient pas un regard en Calliden...) J'ai même cru entrapercevoir le frère de la première. Le reste, c'est nobody et compagnie...

Bref, pas de structure, pas d'organisation, des principes religieux qui semblent dater du dernier millénaire... La ferveur religieuse de certains confinerait à l'hystérie si j'étais dupe, mais je me rend bien compte qu'elle n'est qu'un prétexte au bon vieux massacre. D'un autre côté, les distractions sont rares, que voulez-vous... Je vais tout de même leur laisser le bénéfice du doute, je suis peut-être arrivé à un mauvais moment. De toutes façons, je suis coincé ici jusqu'au printemps, il est hors de question que je refasse le voyage en plein hiver. Ce n'est pas pour l'abri qu'offrent ces arbres stupides, remarquez! Il doit y avoir trois bâtiments possédant un toit, tout le monde vit dans des abris de fortune, toile et branchage, l'horreur! Refusant de m'abaisser à me construire ce genre de paillote, je vais bien trouver à me faire héberger à droite à gauche, vous me connaissez...

Nos affaires, quant à elles, sont au point mort. J'ai bien trouvé quelques personnes qui souhaitent participer à l'entreprise, mais de contrat, point. Il faut dire qu'ici, on ne s'embarrasse pas de subtilités. On n'assassine pas, on massacre. Ces terres sont barbares et même les Sin'Neears qui ont le malheur d'y vivre doivent se mettre à la portée de la populace locale. J'étais surpris d'entendre parler un souterrain correct, d'ici quelques années, la langue sera, je le prédis, si abâtardie qu'elle en sera devenue un dialecte, un patois local. Oui, je suis bien malheureux dans cette forêt qui n'est pas la place d'une personne d'esprit. Je sais que je ne faisais pas grand chose à Calliden, mais j'y étais au moins au sec. A choisir, j'aurai rempli vingt contrats comme mon dernier plutôt que de mettre les pieds ici. Je ne cherche pas à vous apitoyer, je vous sais autant que moi incapable d'éprouver ce genre de sentiments, je veux juste que l'on me rétribue, le moment venu, à la juste mesure de ce que j'aurai enduré ici. Mon petit viatique a d'ailleurs bien fondu mais ce n'est qu'un moindre mal, il n'y a rien à acheter ici, pas même les consciences. Ah, si, un certain Kampfer (Quand je vous dit qu'on croise du beau linge, par ici...), m'a aimablement proposé de reforger mes dagues si je lui procure le métal. Si seulement je savais où m'adresser... Il y a bien un galicien qui a l'air d'être forgeron, mais je ne parle pas sa langue. Cela me rend malade d'ennui à l'avance, mais il semble que je vais devoir apprendre le commun. Je sais déjà dire que je hais les arbres, n'est-ce pas un bon début?

Je parlais un peu plus haut de distractions. On peut se procurer de l'alcool, ce qui n'est pas rien et pour le reste, j'ai déjà trouvé à m'occuper. Me croirez-vous si je vous dis que j'ai en ce domaine reçu l'aide de l'esprit de ma dernière victime (qui semble me porter de l'estime pour une raison que j'ignore) et... d'un druide! Oui, un druide! Et Syl'Neear, encore! Vastania est vraiment un endroit bizarre... Ces deux forces conjointes ont poussé une chamane à me sauter dessus. Elle a l'air de connaître son métier, mais pour le reste... Figurez vous que ça débarque du premier palier. Cela n'a pas deux cent ans et c'est gauche, à la vérité, comme on ne l'est point. La malheureuse ne semblait pas trop quoi savoir faire de moi mais j'ai rapidement réglé la question. Il y a toutefois un réel intérêt à côtoyer quelqu'un qui n'est pas blasée et dont toute réaction n'est pas calculée. (Bien qu'elle doive de plaire à le croire, il s'avère que ces gens du premier palier ne sont pas exempts d'orgueil ni même de vanité...)

Bref, faute de faire notre fortune, Vastania me vaudra bien quelques cicatrices intéressantes et, si tout va bien, infligées par des femelles d'origine sociale variées. D'autant plus que les mâles de l'endroit ont l'air de ne valoriser que les cicatrices reçues en combat et font donc plus de cas de leurs armes que des femelles présentes. Grand bien leur fasse, on peut dire que la situation m'arrange bien. Mais j'écris, j'écris, et je n'ai pas la moindre idée de ce que je vais manger ce soir... Je vais de ce pas voir si quelqu'un ne verrait pas d'inconvénient à partager son repas...

Je vous tiens au courant de l'évolution de nos affaires,

Votre cousin,

Hilel Bas'Sem

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