lundi 21 septembre 2009

Lettre II Nialath Bas'Sem à Hilel Bas'Sem

Hilel,


Il a fallu trois longues semaines à votre frère pour m'annoncer votre départ et trois autres pour qu'il finisse par avouer votre destination et le but de votre voyage. Dois-je vous préciser que j'en ai encore de l'humeur?

J'espère que cette Lettre vous trouvera en chemin et que vous ferez immédiatement demi-tour pour rentrer en Calliden. Mais je vous sais entêté. Il me faut donc raisonner avec vous? Eh bien soit.


Qu'allez-vous donc faire en surface? Et dans une forêt, qui plus est... Vous détestez l'inconfort, méprisez le combat, qu'allez vous faire, que pouvez-vous faire dans un monde qui vous est étranger et qui devrait vous être indifférent? Et surtout, qu'est ce que votre cousine a bien pu vous promettre pour que vous acceptiez une mission aussi absurde? Ne me dites pas qu'elle vous a fait miroiter que vous pourriez obtenir quelque droit que ce soit sur Bilahl. Vous ne seriez pas mon fils si vous étiez naïf à ce point.


Dois-je vous rappeler à quoi vous vous exposez? Car j'ai pris mes renseignements! Vastania est bien cet endroit d'où est sortie la troupe d'illuminés venus enterrer ce mal noirci l'hiver dernier? Est-ce vraiment à ce genre d'individus que vous comptez vous associer, associer Notre nom, Notre réputation? Pensez un peu à l'avenir de votre soeur!


Je vous ai élevé pour les intrigues de Cour, pas pour aller crapahuter dans les bois avec des parias. Et il est probable que ces gens aient plus à obtenir de vous que vous d'eux. Sorti de votre milieu, vous êtes vulnérable, ne vous faites pas d'illusion, et vous risquez d'aller chercher la sécurité au pire des endroits qui soit...


Je me dois donc de vous rappeller les règles élémentaires de la prudence, que dis-je, du sens commun...


Rappelez-vous qu'on ne vous enchainera pas par attachement mais par orgueil. Vous avez su vous prévaloir, je ne sais comment, des désavantages de votre condition malgré votre mode de vie. Je n'y ai donc rien trouvé à redire. Mais ceci se passait dans un milieu que vous connaissiez, que vous maîtrisiez. En dehors de votre contexte, je crains que vous ne commettiez de grossières erreurs. Erreurs dont notre famille pourrait se passer, soyez-en persuadé. Vous seriez-vous mis dans le pétrin ici que nous aurions encore pu manœuvrer, mais là-bas, j'ai le regret de vous dire que vous êtes livré à vous-même. On m'a tant reproché mon indulgence à votre égard, voulez-vous donc donner raison aux mauvaises langues?


Méfiez-vous donc de tout, de tous et surtout de toutes. N'oubliez pas que rien ne vous est acquis en ces terres étrangères et que quiconque voudrait vous faire croire le contraire vous manipule. La main sur votre épaule n'est pas là pour vous réconforter mais pour affirmer une possession. On ne demandera pas bien longtemps avant de vous ordonner. Et vous n'êtes pas en position de refuser. Malgré votre apparence et toute votre éducation, vous n'êtes pas en position de refuser quoi que ce soit à qui que ce soit. Si vous deviez l'oublier, on vous le rappellerait bien vite.


Et, de grâce, essayez donc d'éviter de procréer avec n'importe qui, cela risque de nous attirer des ennuis un jour! Et, non, il n'y a pas de « Je » quand il s'agit des affaires de notre famille. Vous allez donc suivre mes sages conseils et rentrer immédiatement en Calliden où vous vous ferez oublier un moment, le temps que l'on cesse de penser qu'il y aie pu avoir la moindre connexion entre vous et ce groupe d'individus peu recommandables de Vastania.


Votre mère,


Nialath Bas 'Sem


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