mardi 22 septembre 2009

Lettre III Shadila Bas'Sem à Hilel Bas'Sem

Mon cher cousin,

Cesserez vous donc de vous lamenter? La pluie, le froid... Mais vous êtes en surface! A quoi vous attendiez-vous donc? Dites vous bien que vos privations (et elles doivent être bien moins pénibles que vous voudriez me le faire croire) ne feront qu'ajouter à l'éclat de votre gloire quand vous reviendrez. Et, soit dit en passant, si vous reveniez avec moins de 20 000 coppers, vous passeriez pour un raté, cicatrices ou pas...

A propos de raté, apprenez que mon imbécile de conjoint a trouvé le moyen de se faire tuer en défiant son supérieur. Que les militaires sont bêtes, c'est à peine croyable... La carrière des armes devrait être interdite aux mâles. Ils en conçoivent une vanité de très mauvais aloi. Enfin, je n'aurai plus à perdre mon temps à intriguer pour lui faire avoir un meilleur poste, voilà au moins une bonne nouvelle.

Bilahl est incontrôlable, ce qui n'a rien de surprenant au vu de sa lourde hérédité. Pas plus tard qu'hier, il a mordu un esclave au mollet et il a fallu dix bonnes minutes pour le convaincre de lâcher prise. A peine vingt et un ans et déjà un vrai Bas'Sem... Vous devriez prendre exemple sur cet enfant et ne pas renoncer si facilement. A la réflexion, c'est peut être lui que j'aurai du envoyer en Vastania. Il ne se serait pas laissé distraire par des pécores du premier pallier, lui...

Bref, apprenez le commun si cela vous chante, portez une oreille distraite aux discours que l'on vous tient et recueillez avec soin ceux qu'on chercher à vous cacher. Et ne commettez pas l'imprudence de ne pas voir l'ennemie future en une maîtresse actuelle... Vous me direz que vous savez tout cela, mais qui sait ce que l'air de la surface pourrait causer comme dommages à votre jugement...

Je n'ai pas plus de temps à consacrer à cette Lettre, donc, je me contenterai de vous dire de revenir riche ou de ne point revenir du tout. Mais c'est avec la plus grande confiance en vos capacités que je vous donne cet ordre...

Votre cousine,

Shadila Bas'Sem

lundi 21 septembre 2009

Lettre II Nialath Bas'Sem à Hilel Bas'Sem

Hilel,


Il a fallu trois longues semaines à votre frère pour m'annoncer votre départ et trois autres pour qu'il finisse par avouer votre destination et le but de votre voyage. Dois-je vous préciser que j'en ai encore de l'humeur?

J'espère que cette Lettre vous trouvera en chemin et que vous ferez immédiatement demi-tour pour rentrer en Calliden. Mais je vous sais entêté. Il me faut donc raisonner avec vous? Eh bien soit.


Qu'allez-vous donc faire en surface? Et dans une forêt, qui plus est... Vous détestez l'inconfort, méprisez le combat, qu'allez vous faire, que pouvez-vous faire dans un monde qui vous est étranger et qui devrait vous être indifférent? Et surtout, qu'est ce que votre cousine a bien pu vous promettre pour que vous acceptiez une mission aussi absurde? Ne me dites pas qu'elle vous a fait miroiter que vous pourriez obtenir quelque droit que ce soit sur Bilahl. Vous ne seriez pas mon fils si vous étiez naïf à ce point.


Dois-je vous rappeler à quoi vous vous exposez? Car j'ai pris mes renseignements! Vastania est bien cet endroit d'où est sortie la troupe d'illuminés venus enterrer ce mal noirci l'hiver dernier? Est-ce vraiment à ce genre d'individus que vous comptez vous associer, associer Notre nom, Notre réputation? Pensez un peu à l'avenir de votre soeur!


Je vous ai élevé pour les intrigues de Cour, pas pour aller crapahuter dans les bois avec des parias. Et il est probable que ces gens aient plus à obtenir de vous que vous d'eux. Sorti de votre milieu, vous êtes vulnérable, ne vous faites pas d'illusion, et vous risquez d'aller chercher la sécurité au pire des endroits qui soit...


Je me dois donc de vous rappeller les règles élémentaires de la prudence, que dis-je, du sens commun...


Rappelez-vous qu'on ne vous enchainera pas par attachement mais par orgueil. Vous avez su vous prévaloir, je ne sais comment, des désavantages de votre condition malgré votre mode de vie. Je n'y ai donc rien trouvé à redire. Mais ceci se passait dans un milieu que vous connaissiez, que vous maîtrisiez. En dehors de votre contexte, je crains que vous ne commettiez de grossières erreurs. Erreurs dont notre famille pourrait se passer, soyez-en persuadé. Vous seriez-vous mis dans le pétrin ici que nous aurions encore pu manœuvrer, mais là-bas, j'ai le regret de vous dire que vous êtes livré à vous-même. On m'a tant reproché mon indulgence à votre égard, voulez-vous donc donner raison aux mauvaises langues?


Méfiez-vous donc de tout, de tous et surtout de toutes. N'oubliez pas que rien ne vous est acquis en ces terres étrangères et que quiconque voudrait vous faire croire le contraire vous manipule. La main sur votre épaule n'est pas là pour vous réconforter mais pour affirmer une possession. On ne demandera pas bien longtemps avant de vous ordonner. Et vous n'êtes pas en position de refuser. Malgré votre apparence et toute votre éducation, vous n'êtes pas en position de refuser quoi que ce soit à qui que ce soit. Si vous deviez l'oublier, on vous le rappellerait bien vite.


Et, de grâce, essayez donc d'éviter de procréer avec n'importe qui, cela risque de nous attirer des ennuis un jour! Et, non, il n'y a pas de « Je » quand il s'agit des affaires de notre famille. Vous allez donc suivre mes sages conseils et rentrer immédiatement en Calliden où vous vous ferez oublier un moment, le temps que l'on cesse de penser qu'il y aie pu avoir la moindre connexion entre vous et ce groupe d'individus peu recommandables de Vastania.


Votre mère,


Nialath Bas 'Sem


mardi 8 septembre 2009

Lettre I, Hilel Bas'Sem à Shadila Bas'Sem

Ma chère cousine,

J'ai le regret de vous annoncer que Vastania n'est en rien ce qu'on nous en a fait miroiter. Ce n'est qu'une forêt lumineuse et néanmoins humide, peuplée de créatures plus grotesques les unes que les autres et où j'enrage de devoir passer l'hiver. Vous me devrez un an de ma vie, avec vos idées extravagantes!

Il existe en effet une communauté Sin'Neear en Vastania, sur ce point au moins nous n'avons pas été trompés. La qualifier de clan insulterait jusqu'à la plus petite famille du premier palier. Il s'agit plutôt d'un amalgame, d'une juxtaposition d'individus aux intérêts inconciliables. Oh, on croise du beau linge et j'ai fait la causette avec des gens qui répondent à des prénoms comme Nethiel ou Yruk. (Oui, oui, ceux-là même! C'est incroyable comme on peut parler ici avec des gens qui ne nous accordaient pas un regard en Calliden...) J'ai même cru entrapercevoir le frère de la première. Le reste, c'est nobody et compagnie...

Bref, pas de structure, pas d'organisation, des principes religieux qui semblent dater du dernier millénaire... La ferveur religieuse de certains confinerait à l'hystérie si j'étais dupe, mais je me rend bien compte qu'elle n'est qu'un prétexte au bon vieux massacre. D'un autre côté, les distractions sont rares, que voulez-vous... Je vais tout de même leur laisser le bénéfice du doute, je suis peut-être arrivé à un mauvais moment. De toutes façons, je suis coincé ici jusqu'au printemps, il est hors de question que je refasse le voyage en plein hiver. Ce n'est pas pour l'abri qu'offrent ces arbres stupides, remarquez! Il doit y avoir trois bâtiments possédant un toit, tout le monde vit dans des abris de fortune, toile et branchage, l'horreur! Refusant de m'abaisser à me construire ce genre de paillote, je vais bien trouver à me faire héberger à droite à gauche, vous me connaissez...

Nos affaires, quant à elles, sont au point mort. J'ai bien trouvé quelques personnes qui souhaitent participer à l'entreprise, mais de contrat, point. Il faut dire qu'ici, on ne s'embarrasse pas de subtilités. On n'assassine pas, on massacre. Ces terres sont barbares et même les Sin'Neears qui ont le malheur d'y vivre doivent se mettre à la portée de la populace locale. J'étais surpris d'entendre parler un souterrain correct, d'ici quelques années, la langue sera, je le prédis, si abâtardie qu'elle en sera devenue un dialecte, un patois local. Oui, je suis bien malheureux dans cette forêt qui n'est pas la place d'une personne d'esprit. Je sais que je ne faisais pas grand chose à Calliden, mais j'y étais au moins au sec. A choisir, j'aurai rempli vingt contrats comme mon dernier plutôt que de mettre les pieds ici. Je ne cherche pas à vous apitoyer, je vous sais autant que moi incapable d'éprouver ce genre de sentiments, je veux juste que l'on me rétribue, le moment venu, à la juste mesure de ce que j'aurai enduré ici. Mon petit viatique a d'ailleurs bien fondu mais ce n'est qu'un moindre mal, il n'y a rien à acheter ici, pas même les consciences. Ah, si, un certain Kampfer (Quand je vous dit qu'on croise du beau linge, par ici...), m'a aimablement proposé de reforger mes dagues si je lui procure le métal. Si seulement je savais où m'adresser... Il y a bien un galicien qui a l'air d'être forgeron, mais je ne parle pas sa langue. Cela me rend malade d'ennui à l'avance, mais il semble que je vais devoir apprendre le commun. Je sais déjà dire que je hais les arbres, n'est-ce pas un bon début?

Je parlais un peu plus haut de distractions. On peut se procurer de l'alcool, ce qui n'est pas rien et pour le reste, j'ai déjà trouvé à m'occuper. Me croirez-vous si je vous dis que j'ai en ce domaine reçu l'aide de l'esprit de ma dernière victime (qui semble me porter de l'estime pour une raison que j'ignore) et... d'un druide! Oui, un druide! Et Syl'Neear, encore! Vastania est vraiment un endroit bizarre... Ces deux forces conjointes ont poussé une chamane à me sauter dessus. Elle a l'air de connaître son métier, mais pour le reste... Figurez vous que ça débarque du premier palier. Cela n'a pas deux cent ans et c'est gauche, à la vérité, comme on ne l'est point. La malheureuse ne semblait pas trop quoi savoir faire de moi mais j'ai rapidement réglé la question. Il y a toutefois un réel intérêt à côtoyer quelqu'un qui n'est pas blasée et dont toute réaction n'est pas calculée. (Bien qu'elle doive de plaire à le croire, il s'avère que ces gens du premier palier ne sont pas exempts d'orgueil ni même de vanité...)

Bref, faute de faire notre fortune, Vastania me vaudra bien quelques cicatrices intéressantes et, si tout va bien, infligées par des femelles d'origine sociale variées. D'autant plus que les mâles de l'endroit ont l'air de ne valoriser que les cicatrices reçues en combat et font donc plus de cas de leurs armes que des femelles présentes. Grand bien leur fasse, on peut dire que la situation m'arrange bien. Mais j'écris, j'écris, et je n'ai pas la moindre idée de ce que je vais manger ce soir... Je vais de ce pas voir si quelqu'un ne verrait pas d'inconvénient à partager son repas...

Je vous tiens au courant de l'évolution de nos affaires,

Votre cousin,

Hilel Bas'Sem